Nous sommes une dizaine de blancs, des qallunaaqs comme on dit ici et 16 inuit prêts à vivre l’expérience de la toundra, the land comme on surnomme ici cette vaste contrée de montagnes, de rivières, de lacs et de neige. Les blancs sont parés depuis 10 heures comme prévu mais le temps ayant une dimension bien particulière ici pour ces inuit, nous voilà sur le fjord à midi. Une caravane de 15 motoneiges qui file à toute allure vers Deception bay au sud est de Salluit, en pleine toundra, une centaine de km à avaler pour les 3 prochaines heures. Moi qui croyais qu’un chameau n’était pas confortable! Laissez-moi vous dire que de glisser en «skidoo» entre 50 et 70 km/h sur des morceaux de glace soulevés par les marées du fjord, les roches partout sur le sentier entre les cols de montagnes et le blizzard qui fouette la peau n’est guère plus confortable mais quelle beauté! En quittant le fjord, on monte vers les montagnes pour rejoindre un plateau qui nous mène vers la baie. La motoneige vole par endroit, mes lunettes sont givrées, le vent passe à travers ma doudoune et la seule envie de pipi provoque de l’anxiété. À certain endroit on ne distingue pas le ciel de la terre et on fonce aveuglement enfin c’est ce qui me semble, j’vois rien! Les conducteurs, eux, poursuivent la chevauchée vers la destination finale, les camps de chasse et de pêche situé autour d’un immense lac à la glace turquoise. Après plusieurs arrêts, nous arrivons enfin à cet endroit magnifique et grandiose. La glace est transparente, des immenses montagnes entourent le lac et des petits camps, une dizaine en tout, veille sur le paysage. Nous vidons les hamutiks, chauffons les «shacks» et vite à la pêche à l’omble chevalier. Un trou par personne, un bout de bâton de hockey, du fil 10 kilos et une cuillère c’est tout. Premier trou percé, Pierre, le seul ranger blanc de tout le Nunavik, en sort 4 en 5 minutes. Pas possible! On les sort par le ventre, par la queue et de temps à autre, un intrépide mord à pleine bouche dans le trépied de la cuillère, par accident. La glace a plus de 6 pieds d’épaisseur et on voit à travers ce turquoise hallucinant. Si on se penche la tête près du trou (les inuit le font pour pêcher), on peut voir passer les poissons à l’occasion, fascinant! Nous retournons au shack après un 2 heures de pêche miraculeuse (en tout, après 3 jours de pêche nous avons plusieurs centaines de poissons, la truite arctique, l’omble chevalier et pas des petits, certains ont plus de 50 cm). Quelle expérience! Maintenant je sais pourquoi qu’à chaque vendredi, les inuit se préparent à quitter pour the land. Nous voyons les caravanes de motoneiges glisser sur la banquise du fjord à chaque début de week-end, de petites traînées sombres sur la blancheur de la glace. Ils se dirigent vers le paradis rien de moins.
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Encore une fois l'grand, j'adore ta plume! Je viens de rattraper le retard dans tes textes. Merci pour nous avoir gossé de la typo en lumière!!!
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